Fidèle à sa démarche expérimentale, toujours en quête d’un dialogue entre l’archéologie industrielle, les procédés anciens et les innovations contemporaines, Bernard Depoorter imagine avec Les Fleurs de Lune une œuvre où la nature devient l’un des acteurs de la création.
Depuis toujours, son travail explore les frontières entre l’art, la science et les phénomènes naturels. Curieux des découvertes scientifiques autant que des savoirs ésotériques, il nourrit sa recherche de cette tension permanente entre la rigueur de l’expérimentation et la part d’invisible qui échappe à toute démonstration. Cette fascination pour les sciences occultes, l’alchimie et les anciens protocoles ne relève pas d’une croyance, mais d’une volonté d’interroger notre rapport au mystère, à la lumière et au temps.
Les Fleurs de Lune naissent de cette recherche.
Réalisées selon un procédé original d’insolation lunaire, elles sont exposées exclusivement à la lumière des nuits de pleine lune. L’astre devient alors un véritable collaborateur de l’œuvre. Son rayonnement, imperceptible mais bien réel, agit lentement sur la matière et révèle des nuances, des voiles et des marbrures impossibles à prévoir.
Comme dans l’art ancestral de l’ebru, le papier marbré, l’artiste initie le processus mais renonce volontairement à en maîtriser totalement le résultat. La nature intervient, transforme, déplace, révèle. Chaque pièce est l’aboutissement d’un dialogue entre le geste humain et les phénomènes naturels.
Cette part d’aléatoire est essentielle. Elle fait de chaque Fleur de Lune une œuvre absolument unique, impossible à reproduire. Chaque création conserve la mémoire d’une nuit particulière, d’une intensité lumineuse, d’une saison, d’une humidité, d’un instant cosmique qui ne reviendra jamais exactement de la même manière.
Toutes les espèces florales peuvent devenir le support de cette recherche. Chaque fleur possède sa propre structure, sa propre chimie, sa propre sensibilité à la lumière lunaire, offrant à chaque fois une écriture nouvelle.
Cette série constitue également un hommage aux grands artistes qui ont célébré la délicatesse du monde végétal. On y retrouve l’élégance des compositions florales, la transparence des aquarelles et cette poésie silencieuse qui traverse l’œuvre de Marie Laurencin, les univers oniriques de Léonor Fini, ainsi que l’héritage des grands peintres de fleurs qui ont fait de la nature un territoire d’émotion et de contemplation.
Mais ici, le pinceau laisse place à la lumière. Ce n’est plus l’artiste qui peint la fleur : c’est la lune qui en révèle lentement l’image.
À travers Les Fleurs de Lune, Bernard Depoorter poursuit une réflexion sur la lenteur, le temps long et la beauté de l’imprévisible. À l’heure où les images sont produites instantanément et reproduites à l’infini, il choisit d’attendre le rythme des cycles naturels, d’accepter le hasard comme partenaire de création et de redonner à l’œuvre sa part d’émerveillement.
Les Fleurs de Lune ne cherchent pas à démontrer. Elles invitent à contempler. Elles rappellent que certaines beautés ne peuvent naître que de l’alliance fragile entre la matière, la lumière et le temps.
Chaque Fleur de Lune est le portrait d’une nuit de pleine lune.