Le bleu de Prusse est né d’une alchimie fortuite, dans les secrets d’un laboratoire prussien au début du XVIIIe siècle. Johann Jacob Diesbach, chimiste passionné, cherchait à créer un rouge carmin lorsqu’une impureté imprévue transforma son élixir en un bleu profond, comme une nuit sans lune. Ce pigment, bleu de Prusse, fit ses premiers pas hésitants, mais sa destinée allait le propulser dans les annales de l’art.
Sa couleur évoquait des mystères insondables, attirant certains artistes tout en en repoussant d’autres. Certains peintres, tels que Sir Joshua Reynolds, détestaient ce pigment, le trouvant trop instable et difficile à maîtriser. Ils préféraient l’éviter, lui reprochant son manque de fidélité sur la toile, craignant que ses tons se ternissent avec le temps.
Mais d’autres, plus audacieux, trouvèrent en lui une source d’inspiration sans égale. Durant sa période bleue, Picasso, maître du cubisme, voyait en ce bleu de Prusse une profondeur et une intensité capables de transcender la réalité, ajoutant une dimension émotionnelle, une introspection qui parlait directement à l’âme.
L’artiste japonais Hokusai découvrit lui aussi les merveilles de ce pigment. Dans ses estampes, le bleu de Prusse devint la couleur des vagues impétueuses et des ciels tourmentés. Sa célèbre « Grande Vague de Kanagawa » n’aurait jamais été la même sans cette teinte vibrante qui capturait la puissance et la majesté de la nature. Hokusai, avec son art minutieux, utilisait ce bleu pour donner vie à ses visions, pour exprimer l’inexprimable.

Ce pigment singulier traversa les époques et les continents. Des ateliers de Paris aux studios de Tokyo, il laissa une empreinte indélébile sur les toiles, les estampes et les fresques. Le bleu de Prusse, par sa naissance accidentelle, rappela au monde que la beauté peut surgir des erreurs, que les découvertes fortuites peuvent ouvrir des portes vers des univers insoupçonnés.
Aujourd’hui encore, ce bleu mystérieux continue de fasciner, de diviser, d’inspirer. Chaque artiste qui l’adopte entre en dialogue avec son histoire, avec ceux qui l’ont adoré et ceux qui l’ont rejeté. Le bleu de Prusse est plus qu’une couleur : c’est un voyage, un rêve, une quête perpétuelle de la beauté et du sublime.
Dans les souvenirs d’enfance de Bernard Depoorter, il y a une pièce particulière, un sanctuaire de trésors et de mystères : le bureau de son grand-père. Là, parmi les antiques meubles et les objets chargés d’histoires, se trouvait un cartonnier bleu de Prusse. Cette couleur rompue, fanée, délavée, était pour lui une fenêtre vers un passé révolu, un voyage à travers les âges.
Dans ces souvenirs, il se voyait explorant les herbiers, ces recueils précieux où des plantes séchées étaient conservées avec dévotion ,les albums de photos de famille napoléon 3 et les lettres de la belle époque. Le bleu de Prusse de ce cartonnier était comme le fil conducteur de ces mémoires, reliant chaque élément de ce passé riche et vibrant.
Du plus lointain de ses souvenirs, sa grand-mère emballait le linge de lit et les nappes dans du papier bleu de Prusse, également connu sous le nom de « bleu à laver » ou « bleu de lessive » pour le blanchir. Ce colorant bleu qui, lorsqu’il est ajouté à la lessive, neutralise les teintes jaunâtres du linge blanc, donnant ainsi une apparence plus éclatante.
Bernard Depoorter, utilise ce bleu pour ses écrins destinés à ses parures florales. Il met en valeur la délicatesse et la beauté de ses créations. Chaque écrin, orné de ce bleu profond, rappelle au souvenirs, les vieux ateliers, les vieilles manufactures, les herbiers, une ode à l’artisanat et à la nature.
