Il y a des étés qui marquent une vie.
Celui-ci restera inoubliable pour la Manufacture : nous avons eu l’honneur d’accueillir un patrimoine exceptionnel, transmis par Diane Lhoest, dernière parurière florale de Belgique, qui a tendu sa brucelle à Bernard.

outils de Diane Lhoest focus photo(c) Patricia Mathieu

Diane nous a confié sa collection de 700 outils du XIXe siècle, archives précieuses, enrichissant le jardin d’acier de la Manufacture, qui compte désormais plus de 9 200 outils, représentant près de 17 tonnes d’héritage artisanal.

Ses archives racontent une histoire : chaque outil garde l’empreinte d’un geste, d’un savoir, d’une époque. Ce trésor vient rejoindre les ateliers de la Manufacture, un patrimoine vivant où le passé inspire l’avenir.
Un atelier reconstitué, un monde retrouvé
Nous avons récemment reconstitué l’atelier de Diane, un exemple rare d’atelier en chambre, tel qu’on en trouvait au XIXe et au début du XXe siècle, sous les combles d’immeubles haussmanniens ou dans les petites maisons de banlieue parisienne, à l’époque où l’artisanat se mêlait à la vie quotidienne.


C’est bien plus qu’un espace de travail : c’est une immersion dans une époque, dans une façon de créer où chaque geste avait du sens, chaque détail, de la valeur.
Ici, on travaillait dans le murmure. Le métier ne faisait pas de bruit, mais il façonnait la beauté.

La transmission d’un savoir unique


Mais ce que Diane offre à Bernard va bien au-delà des objets.
Elle lui transmet, de main en main, son savoir-faire, ses gestes secrets : un angle de pince, une pression de la main, une tension dans le poignet… des techniques de fabrication apprises de génération en génération, et elle-même héritée d’un maître, Madame Joris.

Ce type de transmission est devenu rare. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que cinq dans le monde à posséder une telle collection d’outils, et seulement deux à encore maîtriser ce savoir-faire dans la pure tradition parisienne du début du XIXe siècle.
La mémoire au bout des doigts.

Parmi nous, notre amie Severina Lartigue, formée par Jacques Delamare, héritier de Noémie Fromentin, maison parisienne fondée en 1902. Elle et Bernard se soutiennent dans une démarche d’archéologie industrielle, animés par le désir commun de faire revivre un métier d’art menacé de disparition.
Un apprentissage continu
Bernard a commencé son parcours en 2009, aux côtés de Louise, dernière ouvrière fleuriste bruxelloise. Ayant elle-même appris le métier à l’âge de 16 ans, au cœur d’un atelier bruxellois fournisseur de la cour de Belgique (rue de la Régence).

Aujourd’hui, grâce à Diane, il complète et poursuit son apprentissage en découvrant les gestes essentiels, comme les techniques de gaufrage à la pince, ou de nombreux plis des années 30 aujourd’hui oubliés, comme ceux permettant de froisser un pétale de pavot, d’iris ou de rose.
La brucelle, par exemple, est un outil central du fleuriste artificiel, mais dont l’usage ne peut être transmis que par la pratique.
Diane, à 82 ans, est un véritable manuel vivant : une chance inouïe pour la Manufacture.

Des fleurs comme plus personne ne sait les faire
Ce savoir-faire retrouvé permettra à la Manufacture de créer des fleurs exceptionnelles, fidèles à la tradition, avec une qualité et un raffinement que plus personne, aujourd’hui, ne sait reproduire.


Les 700 nouveaux outils viennent enrichir notre collection, mais aussi notre capacité créative : la Manufacture est désormais en mesure de produire tous types de fleurs et feuillages — pour la mode, la chapellerie, les cérémonies, les arts décoratifs et contemporains.
Il n’y a plus de limites aux possibilités créatives.
Une matière première inestimable


Diane nous a également confié un échantillonnage exceptionnel de matières anciennes : pistils, graines, calices en cire, gouttes de rosée en verre, tissus vintage aux apprêts et ennoblissements rares…


Ces éléments permettent de reproduire, avec une précision historique, les effets textiles traditionnels — certains remontant à l’époque de Charles X (vers 1820).
Un trésor pour la recherche, la création et la mémoire.
Un pas de géant vers l’avenir

Ce que nous avons reçu n’est pas qu’un héritage.
C’est une transmission vivante, une responsabilité, un espoir.
Grâce à Diane, Bernard, accompagné de sa marraine d’atelier, Maryse Genet , s’attelle désormais à préserver, documenter et transmettre ce savoir-faire.
la Manufacture avance avec force et humilité, consciente de l’importance de préserver, documenter et transmettre ce savoir-faire rare — pour qu’il continue à inspirer, émerveiller et créer du sens, à l’heure d’un monde qui consomme, jette, et oublie trop vite.
